L'or fané des érables

Publié le par Pi_ro_94

Octobre et l’automne sont venus pleurer

Sur vos tombes et l’or fané des érables

Semé sur le froid granit vient mesurer

Le temps qui passe mais plus ne vous accable

 

Aussi c’est vous toujours vivants que nous voyons,

Vous ne changerez plus et le temps ne passe

Que pour nous, l’hiver et toutes les saisons

Sont sans prise sur les morts  qui n’ont comme place

 

Que le cœur des vivants  et leurs souvenirs,

Les tombes ne sont qu’un lieu de mémoire

Inhabité où l’on vient se recueillir

Et de nos vies la fatidique écritoire.

 

Jean, c’est toujours par ta tombe que j’arrive

Et vient faire quelques gestes fraternels,

Ce ne sont plus ceux dont ton absence me prive

Mais il faut que je touche à ce lien charnel

 

De la pierre, je la nettoie de la terre,

J’enlève les brindilles et les cailloux,

Je relève un pot  que le vent trop colère

A couché, l’arbuste en est devenu roux

 

Alors je regarde son ombre portée

Avant de m’en aller vers d’autres tombeaux…

Guy, voilà ta tombe de terre mouillée.

Mais quand donc commenceront les travaux ?

 

Tu t’en moques bien comme de mon appel

L’autre jour quand tu passas dans l’avenue.

Guy ! Guy ! Criai-je dans un silence irréel,

Je n’étais ni dans l’horizon de ta vue

 

Ni dans celui de ton ouïe. Etais-ce toi 

Ou bien une imitation de ton fantôme ?

J’en déciderais peut être une autre fois.

Mais pour les morts faut-il écrire des psaumes ?

 

Frères, je vous quitte pour une autre tombe

Sur laquelle vous vous êtes arrêtés

Pour y jeter, blanche comme une colombe,

La fleur de votre peine  et murmurer

 

Peut-être une prière pour leur âme.

Maman, Papa, Mémé, Pépé, ils ont là

Leur brève vie gravée au fer d’un calame ;

Leurs noms, deux dates… Ne les oublions pas !

 

Souvent je suis passé là depuis l’enfance,

Et longtemps le seul tombeau où méditer,

Le seul tombeau à fleurir avec constance

Le seul où  après l’effort me reposer

 

De mes balades à vélo en Chevreuse

Fut ce dernier où je m’arrête aujourd’hui.

Je n’y priais pas, mais la mort moqueuse

Remplit ces jardins de pierres d’harmonie,

 

Un esprit zen y règne qui les transforment

En un lieu de sage et tranquille beauté.

C’est cela, que sous l’ombrage des ormes,

Des frênes, des sophoras, je viens chercher.


 

 

Publié dans Poésies

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Kristen Chaman 13/11/2016 01:07

Un long poème, plein d"amertumes heureuses, où transparaît la sagesse. Quel plus bel hommage à la vie que ton poème qui allie l'amour de nos proches à la beauté de la nature. Peut-être, est-ce ainsi qu'il nous faudrait vivre, en étant toujours plus à l"écoute de nos pensées intuitives. Une très belle composition à lire plusieurs fois, afin de s'imprégner d'autant plus de l'ambiance que tes mots décrivent avec justesse.

Bien à toi...