Commentaire de Tibicine sur Ebauche d'un serpent

Publié le par Pi_ro_94

Bonsoir,

J'inaugure une nouvelle catégorie : le commentaire en Une. J'espère qu'il vous donnera envie de lire ou de relire l'extraordinaire poème de Paul Valéry.

Dans les Charmes, Paul Valéry fête l’intellect et évoque la tragédie de l’esprit. En effet, “la vie
de l’intelligence constitue un univers lyrique incomparable, un drame complet, où ne manquent
ni l’aventure ni les passions, ni la douleur, ni le comique, ni rien d’humain.” (Discours sur
Descartes)

1. Ebauche d’un serpent appartient à ce recueil et, à travers ce poème, Paul Valéry
aborde un aspect de cette “vie de l’intelligence”, la tentation de la science. Ainsi, à l’origine, le
titre de ce poème aurait pu être : Ebauche d’un serpent ou la tentation de la connaissance
orgueilleuse. Paul Valéry s’inspire de la Genèse pour évoquer cette tentation de la science avec le symbole même de la tentation : le serpent tentateur. Mais la particularité de ce texte est
l’emploi du pronom “je” : c’est le serpent le narrateur.

Bercé par la brise dans la ramure de l’arbre de la connaissance, le Démon, qui a pris la
forme d’un serpent, contemple le Paradis Terrestre, jardin à la végétation luxuriante et aux
eaux vives où Dieu plaça le premier couple : Adam et Eve. Il soutient qu’en créant le monde,
nécessairement imparfait, Dieu a commis une faute portant atteinte à son propre absolu. Le
serpent va, par la flatterie, par la conscience de soi et l’orgueil, amener les hommes à leur
perte. Il se plaît, dans les quelques strophes que nous présentons, peut-être inspirées du Jeu
d’Adam, à rappeler de façon assez ironique la tentation qui a inspiré à Eve le désir de mordre
au “fruit défendu”et d’accéder ainsi à un certain savoir.

Vers 201 à 210 : Dans cette première strophe, le serpent cite ce qu’il a dit à Eve pour la
convaincre de mordre le fruit défendu. Il a vanté à Eve les bienfaits du fruit qui lui apporterait
une “science vive”.

Vers 211 à 220 : Le serpent se décharge ici de toute responsabilité vis-à-vis de la faute
d’Eve, prétextant que “le plus rusé des animaux / qui te raille d’être si dure, / ô perfide et
grosse de maux, / n’est qu’une voix dans la verdure
.” Il précise que caché dans l’arbre, il
n’était plus qu’une voix dans la verdure que personne n’était obligé d’écouter. “-Mais, sérieuse
l’Eve était / qui sous la branche l’écoutait
.” Le vers 219 révèle, par le nom propre d’Eve
précédé d’un article, une nuance familière et moqueuse !

Vers 221 à 230 : Dans cette strophe, le serpent se présente comme une sorte de
Prométhée, bienfaiteur des hommes : “Sens-tu la sinueuse amour / que j’ai du Père
dérobée?
” Il se vante d’avoir dérobé à Dieu l’un de ses attributs pour le bienfait des hommes,
comme Prométhée dérobe le feu aux dieux dans la mythologie grecque.

Vers 231 à 240 : “- Siffle, siffle! me chantait-il” Dans ce vers 235, le serpent fait
référence à un appel qu’il entend. Mais comment interpréter cet appel ? Peut-être est-ce la voix de Satan, du Mal qui lui dicte sa conduite ...? Cela pourrait se confirmer par les cinq vers
suivants qui décrivent la sensation du serpent à cet appel. Il entre dans une sorte de transe : “Et je sentais frémir le nombre, / tout le long de mon fouet subtil, / de mes replis dont je
m’encombre : / ils roulaient depuis le Béryl / de ma crête jusqu’au péril
!”.

Vers 241 à 250 : Ici, le serpent loue l’arrivée du moment où Eve va céder à la
tentation.”Génie! O longue impatience! / A la fin les temps sont venus, / qu’un pas vers la
neuve Science / va donc jaillir.
..” Du vers 245 au vers 250, il emploie des métaphores
précieuses qui décrivent le corps d’Eve prête à se mouvoir, à céder à la tentation.

Vers 271 à 280 : Dans cette strophe, le serpent parle de et à l’”Arbre des arbres”. La
connaissance, la science y sont symbolisées par cet arbre dont les racines puisent dans les
ténèbres de la terre les “sucs” que la sève élèvera jusqu’au ciel bleu.

Vers 291 à 300 : Le serpent s’adresse toujours à l’arbre, comme on le voit au vers 297 :
Sur ton branchage vient se tordre”. Et aux vers 299 et 300, il prévoit clairement la Chute
prochaine de l’Homme “Il en cherra des fruits de mort, / de désespoir et de désordre!”.

V
ers 301 à 310 : Dans ces vers, le serpent chante sa victoire. Mais les trois derniers vers
de cette strophe semblent être la réplique victorieuse du poète qui exalte la Science par laquelle l’homme s’élève jusqu’à l’Être Suprême : “Cette soif qui te fit géant, / jusqu’à l’Être exalte l’étrange / Toute-Puissance du Néant !” 
Signé Tibicine

Publié dans Commentaire à la Une

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ange-nu 05/03/2010 22:54


Bonsoir, il faudra que je lise Paul Valéry, dés que j'aurais un peu de temps, car la formation que j'entreprends monopolise mon énergie. Amicalement
Brigitte.