De Chirico, peintre déroutant

Publié le par Pi_ro_94

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 La révélation du         Nature morte : 

 solitaire                         évangélique I

 

Giorgio de Chirico au début des années 1920 a quitté Paris pour retourner en Italie. C'est le moment, en 1924, où les surréalistes avec André Breton découvrent son oeuvre antérieure et le portent aux nues. Lui, par contre, est parti dans un tout autre trip après avoir eu une révélation  sur ce qu'est la grande peinture devant un tableau du Titien, '"L'amour sacré et l'amour profane".  il se consacre à copier les grands peintres du passé et à étudier des traités classiques de la peinture.

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En Italie, il n'est pas si bien reçu que cela, il est quasiment considéré comme un peintre étranger (formation en Grèce où il est né, puis en Allemagne et puis premier succès à Paris). Les critiques lui reprochent son absence de technique et son ignorance de la grande peinture italienne.

 

 Cette mauvaise réception qui l'affecte beaucoup est très certainement une des raisons de la nouvelle orientation de sa peinture. Il finira par renier ses premières oeuvres métaphysiques. Reniement d'où une certaine provocation envers les surréalistes n'est pas à exclure.  A partir de 1928-1929 la rupture est totalement consommée et les surréalistes organisent une contre-exposition où la mort artistique de Giorgio de Chirico est annoncée. Dès lors une haine inextinguible naîtra entre lui et les surréalistes. Parmi les surréalistes, les plus violents seront Breton et Dali. Pourtant dans certains paysages de Dali on voit apparaître l'influence ou la réminiscence de thèmes chers à Chirico.

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Comme ci-contre dans ce détail de la "Banlieue de la ville paranoïa-critique..."

 

Il faut dire que l'adhésion en 1933 de Giorgio de Chirico au parti fasciste italien n'arrangera pas les choses. Il s'agit là encore d'une adhésion assez énigmatique. Je n'ai pas obtenu de renseignements très précis dessus sauf qu'il s'est moqué de Mussolini dans ses mémoires et s'est réjoui de la chute du régime en 1943 (Opportunisme ?). Les tableaux et les fresques qu'il peint durant cette période fasciste représentant des gladiateurs ne sont pas de très bonne facture et le côté assez ridicule et factice de ces combats en chambre apparaît clairement.  Ces tableaux fonctionnent aussi comme des énigmes : "Qu'y a-t-il derrière le décor et cette prétention à vouloir ressuciter la gloire romaine?" Les tableaux de Chirico sont toujours des interrogations, des miroirs qui ne fournissent pas la réponse. Combat de gliadateurs dans une chambre

 

Par ailleurs Chirico continue la série de ses manequins qui reviennent dans son oeuvre comme des obsessions inquiétantes ou simplement énigmatiques. Il y a chez eux paradoxalement quelque chose d'incomparablement vivant comme si l'énigme qu'ils sont était tout simplement le symbole de la vie même.

 

Par exemple le tableau ci-dessous intitulé "couple" ne représent-t-il pas l'essence même du couple, l'idée au sens platonicien du couple.

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 Parmi les tableaux inspirés par les peintres classiques, voici Roger et Angélique.

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Il fut aussi un auto-portraitiste acharné.

 

Ses ennemis l'accusèrent de narcissisme et d'être imbu de sa personne et préoccupé de sa gloire. Il y a très certainement de cela mais pas uniquement. Personnellement j'y vois un côté jeu et même quelque chose d'enfantin dans ce plaisir à se déguiser. Il y a un côté vénitien et carnavalesque, l'idée d'une disparition derrière un masque.Autoportait-dans-un-parc.jpg

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Cela donne aussi l'impression qu'il a voulu revisiter toute la peinture classique.

 

Le tableau de gauche montre bien son désir de gloire éternelle indiqué dans la formule latine au dessus de son autoportrait.

 

Celui de droite son plaisir du déguisement.

 

Voici un dernier autoportrait

qui m'a fait un peu penser à la peinture de  Lucian Freud.

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Tous ses tableaux possèdent une puissance projective incomparable.

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