Ebauche d'un serpent (de Paul Valéry) suite 1

Publié le par Pi_ro_94

 

 

 

 

Grand Soleil, qui sonne l’éveil,

A l’être, et de feux l’accompagnes,

Toi qui l’enfermes d’un sommeil

Trompeusement peint de campagnes,

Fauteur des fantômes joyeux

Qui rendent sujette des yeux

La présence obscure de l’âme,

Toujours le mensonge m’a plu

Que tu repends sur l’absolu,

Ô roi des ombres fait de flammes!

 

Verse-moi ta brute chaleur,

Où vient ma paresse glacée

Rêvasser de quelque malheur

Selon ma nature enlacée…

Ce lieu charmant qui vit la chair

Choir et se joindre m’est très cher!

Ma fureur, ici, se fait mûre;

Je la conseille et la recuis,

Je m’écoute, et dans mes circuits,

Ma méditation murmure…

 

Ô Vanité ! Cause première!

Celui qui règne dans les Cieux,

D’une voix qui fut la lumière

Ouvrit l’univers spacieux.

Comme las de son pur spectacle,

Dieu lui même a rompu l’obstacle

De sa parfaite éternité;

Il se fit Celui qui dissipe

En conséquences, son Principe,

En étoiles, son Unité.

 

Cieux, son erreur ! Temps, sa ruine!

Et l’abîme animal, béant!…

Quelle chute dans l’origine

Etincelle au lieu de néant!…

Mais, le premier mot de son Verbe,

MOI !… Des astres le plus superbe

Qu’ait parlés le fou créateur,

Je suis !… Je serais !… J’illumine

La diminution divine

De tous les feux du Séducteur!

 à suivre...

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