Ebauche d'un serpent ( de Paul Valéry) suite7 et fin

Publié le par Pi_ro_94

soleil-et-serpent.jpg Ebauche d'un serpent (de Paul Valéry)
                                                                                                    Ebauche d'un serpent ( de Paul Valéry) suite6...
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Arbre, grand Arbre, Ombre des Cieux,

Irrésistible Arbre des arbres,

Qui dans les faiblesses des marbres,

Poursuis des sucs délicieux,

Toi qui pousse tels labyrinthes

Par qui les ténèbres étreintes

S’iront perdre dans le saphir

De l’éternelle matinée,

Douce perte, arôme ou zéphir,

Ou colombe prédestinée,

O Chanteur, ô secret buveur             Eve et serpent

Des plus profondes pierreries,

Berceau du reptile rêveur

Qui jeta l’Ève en rêveries,

Grand Être agité de savoir,

Qui toujours, comme pour mieux voir,

Grandis à l’appel de ta cime,

Toi qui dans l’or très pur promeus

Tes bras durs, tes rameaux fumeux,

D’autre part, creusant vers l’abîme,

Tu peux repousser l’infini

Qui n’est fait que de ta croissance,

Et de la tombe jusqu’au nid

Te sentir toute Connaissance !

Mais ce vieil amateur d’échecs,

Dans l’or oisif des soleils secs,

Sut ton branchage vient se tordre ;

Il en cherra des fruits de mort,

De désespoir et de désordre !

Beau serpent, bercé dans le bleu,

Je siffle avec délicatesse,

Offrant à la gloire de Dieu

Le triomphe de ma tristesse…

Il me suffit que dans les airs,

L’immense espoir de fruits amers

Affole les fils de la fange…

- Cette soif qui te fit géant,

Jusqu’à l’Être exalte l’étrange

Toute-Puissance du Néant !

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geandra 04/11/2011 23:34


Les commentaires (qui ne lui ont jamais manqué, déjà de son vivant) faisaient sourire Valéry. Et en effet comment la prose analytique (d'une "incroyable ingéniosité" parfois, ironisait-il)
pourrait-elle rendre compte d'une langue si rigoureuse dans sa forme, si riche dans ses figures, et si inventive dans les méandres syntaxiques, sémantiques, phonétiques, de sa musicalité ?

Valéry finit par écrire : "Mes vers ont le sens qu'on leur prête"...

Puis, plus aimablement : "Le sens doit être caché dans les vers, comme la valeur nutritive dans les fruits".

Voici pourtant des interprétations de Valéry plus rares, et à mon sens assez convaincantes :

http://www.youtube.com/watch?v=YZkNFkttUHU

http://www.youtube.com/watch?v=aTohVjXSV5c

http://www.youtube.com/watch?v=89jqHmzCyxo


Tibicine 17/02/2010 21:41


Dans les Charmes, Paul Valéry fête l’intellect et évoque la tragédie de l’esprit. En effet, “la vie
de l’intelligence constitue un univers lyrique incomparable, un drame complet, où ne manquent
ni l’aventure ni les passions, ni la douleur, ni le comique, ni rien d’humain.” (Discours sur
Descartes)1. Ebauche d’un serpent appartient à ce recueil et, à travers ce poème, Paul Valéry
aborde un aspect de cette “vie de l’intelligence”, la tentation de la science. Ainsi, à l’origine, le
titre de ce poème aurait pu être : Ebauche d’un serpent ou la tentation de la connaissance
orgueilleuse. Paul Valéry s’inspire de la Genèse pour évoquer cette tentation de la science avec
le symbole même de la tentation : le serpent tentateur. Mais la particularité de ce texte est
l’emploi du pronom “je” : c’est le serpent le narrateur.
Bercé par la brise dans la ramure de l’arbre de la connaissance, le Démon, qui a pris la
forme d’un serpent, contemple le Paradis Terrestre, jardin à la végétation luxuriante et aux
eaux vives où Dieu plaça le premier couple : Adam et Eve. Il soutient qu’en créant le monde,
nécessairement imparfait, Dieu a commis une faute portant atteinte à son propre absolu. Le
serpent va, par la flatterie, par la conscience de soi et l’orgueil, amener les hommes à leur
perte. Il se plaît, dans les quelques strophes que nous présentons, peut-être inspirées du Jeu
d’Adam, à rappeler de façon assez ironique la tentation qui a inspiré à Eve le désir de mordre
au “fruit défendu”et d’accéder ainsi à un certain savoir.
Vers 201 à 210 : Dans cette première strophe, le serpent cite ce qu’il a dit à Eve pour la
convaincre de mordre le fruit défendu. Il a vanté à Eve les bienfaits du fruit qui lui apporterait
une “science vive”.
Vers 211 à 220 : Le serpent se décharge ici de toute responsabilité vis-à-vis de la faute
d’Eve, prétextant que “le plus rusé des animaux / qui te raille d’être si dure, / ô perfide et
grosse de maux, / n’est qu’une voix dans la verdure.” Il précise que caché dans l’arbre, il
n’était plus qu’une voix dans la verdure que personne n’était obligé d’écouter. “-Mais, sérieuse
l’Eve était / qui sous la branche l’écoutait.” Le vers 219 révèle, par le nom propre d’Eve
précédé d’un article, une nuance familière et moqueuse !
Vers 221 à 230 : Dans cette strophe, le serpent se présente comme une sorte de
Prométhée, bienfaiteur des hommes : “Sens-tu la sinueuse amour / que j’ai du Père
dérobée?” Il se vante d’avoir dérobé à Dieu l’un de ses attributs pour le bienfait des hommes,
comme Prométhée dérobe le feu aux dieux dans la mythologie grecque.
Vers 231 à 240 : “- Siffle, siffle! me chantait-il!” Dans ce vers 235, le serpent fait
référence à un appel qu’il entend. Mais comment interpréter cet appel ? Peut-être est-ce la voix
de Satan, du Mal qui lui dicte sa conduite ...? Cela pourrait se confirmer par les cinq vers
suivants qui décrivent la sensation du serpent à cet appel. Il entre dans une sorte de transe : “Et
je sentais frémir le nombre, / tout le long de mon fouet subtil, / de mes replis dont je
m’encombre : / ils roulaient depuis le Béryl / de ma crête jusqu’au péril !”.
Vers 241 à 250 : Ici, le serpent loue l’arrivée du moment où Eve va céder à la
tentation.”Génie! O longue impatience! / A la fin les temps sont venus, / qu’un pas vers la
neuve Science / va donc jaillir...” Du vers 245 au vers 250, il emploie des métaphores
précieuses qui décrivent le corps d’Eve prête à se mouvoir, à céder à la tentation.
Vers 271 à 280 : Dans cette strophe, le serpent parle de et à l’”Arbre des arbres”. La
connaissance, la science y sont symbolisées par cet arbre dont les racines puisent dans les
ténèbres de la terre les “sucs” que la sève élèvera jusqu’au ciel bleu.
Vers 291 à 300 : Le serpent s’adresse toujours à l’arbre, comme on le voit au vers 297 :
“Sur ton branchage vient se tordre”. Et aux vers 299 et 300, il prévoit clairement la Chute
prochaine de l’Homme “Il en cherra des fruits de mort, / de désespoir et de désordre!”.
Vers 301 à 310 : Dans ces vers, le serpent chante sa victoire. Mais les trois derniers vers
de cette strophe semblent être la réplique victorieuse du poète qui exalte la Science par laquelle
l’homme s’élève jusqu’à l’Être Suprême : “Cette soif qui te fit géant, / jusqu’à l’Être exalte
l’étrange / Toute-Puissance du Néant !”


Pi_ro_94 17/02/2010 22:56


Merci de ton long et très intéressant commentaire. J'y reviendrai à tête reposée mais je pense qu'il népuise pas tous les sens du poème : le serpent ayant plus d'un tour dans son sac à malices.


Tibicine 17/02/2010 21:41


Bonsoir Piro. En fait, en revenant chez toi, je me suis souvenue que je n'avais jamais vraiment étudié ce poème de Valéry. J'ai donc fait des recherches, car les symboles étant très présents, il
n'est pas toujours facile de décoder la pensée d'un poète. J'ai donc trouver une analyse de Serpent d'argent très intéressante et éclairante. Je te la livre dans un autre commentaire si jamais tu
voulais le faire partager à tes amis bloggueurs. @ bientôt, Tibicine


ange-nu 16/02/2010 22:06


Bonsoir Pierrot et bon mardi gras ; j'espère que tu vas bien.
Amicalement
Brigitte


Pi_ro_94 17/02/2010 22:58


Merci pour tes passages et tes coms. Je n'oublie pas ta demande mais je n'ai pas beaucoup de temps en ce moment. Amicalement. Piro.


ange-nu 12/02/2010 21:50


Bonjour mon ami, je m'apprête à fêter la St Valentin ce week end avec mon chéri Bruno et je commence un stage en entreprise de 15 j lundi. J'espère que tout va bien pour toi. Amicalement
Brigitte et Bruno