Sanatan et le Brahmine

Publié le par Pi_ro_94

Sanatan et le Brahmine

Sanatan égrenait son chapelet sur les bords du Gange,

lorsque qu'un Brahmine en haillons vint à lui, disant :

"Secours-moi, car je suis pauvre."

"Il ne me reste plus que mon écuelle à aumônes,

dit Sanatan, car j'ai distribué tout ce que je possédais."

"Mais notre Seigneur Shiva m'est apparu en rêve", répondit

le Brahmine, "et il m'a conseillé de venir de trouver."

Sanatan soudain se rappela qu'il avait ramassé une pierre

sans prix parmi les galets de la rive, et qu'il l'avait cachée

dans les sables, pensant qu'elle pourrait être utile à quelqu'un.

Du doigt il indiqua l'endroit au Brahmine qui, étonné,

déterra la pierre.

Le Brahmine s'assit sur le sol et se prit à songer, solitaire,

jusqu'au moment où le soleil disparut derrière

les arbres,à l'heure où les bergers ramènent leurs troupeaux

au bercail.

Alors, se levant, il vint lentement jusqu'à Sanatan et lui dit :

"Maître, donne-moi la plus petite parcelle de cette richesse

qui dédaigne toutes les richesses du monde."

ce disant, il jeta dans la rivière la pierre sans prix.

Rabindranath Tagore

La Corbeille de fruits

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Tibicine 31/08/2013 09:55

Bonjour Piro, C'est une drôle de leçon que celle-ci. J'ai lu beaucoup de contes philosophiques de la même trempe que celui-ci ; au final, la spiritualité qui mène sur le chemin de la dépossession est utile pour soulager ceux qui sont pauvres et doivent se contenter de peu voire de rien. Cependant, elle ouvre les yeux de ceux qui ne voient plus rien ; les gens comme nous embrigadés dans cette société où l'on est sollicité en permanence à donner de notre temps au travail et à donner notre argent, qui foncent tête baissée dans le métro et les transports pour accomplir ce qu'on nous demande, sans, souvent, penser à ce que nous nous voudrions accomplir pour nous-mêmes. Et une fois cette prise de conscience réalisée, il est difficile de constater combien nous sommes prisonniers d'un système où les les lois et les règlementations empêchent la plupart de nos possibles, mais nous voyons, et ainsi, nous pouvons croire qu'un chemin plus agréable est quelque part et nous le cherchons, parfois, nous le trouvons. Finalement, ton conte m'a inspirée ! J'en profite pour te dire que mon second recueil est sorti La Fille de l'Instant : un recueil où l'Instant est vécu au travers de multiples expériences.Bon week-end à toi, Tibi

Piro 31/08/2013 20:35

Merci Tibi de ton com assez long et inspiré Comme dit la chanson : "Les prisonniers du boulot ne font pas de vieux os".