Ballade 62 de Charles d'Orléans

Publié le par Pi_ro_94

Le lendemain du premier jour de mai,

Encore au lit, tandis que je dormais,

Au point du jour je me pris à rêver

Que devant moi une fleur s’élevait

Qui me disait : « Ami, je m’étais fiée

A toi, car tu étais de mon parti

Depuis toujours ; mais tu l’as oublié

Pour défendre la feuille contre moi.

J’ai surprise que tu veux faire ainsi

Je n’ai nul tort, ce me semble, envers toi !»

 

Je me trouvais alors tout stupéfait,

Et répondis du mieux que je pouvais :

« Très belle fleur, jamais je n’ai pensé

Faire un geste qui dût vous chagriner ;

Si le sort veut que pour me divertir

J’aie  cette année-ci la feuille à servir

Dois-tu vraiment d’auprès-toi me chasser ?

En aucun cas : j’agis comme je dois.

Prenant parti pour ce que j’ai tiré,

Je n’ai nul tort, ce me semble, envers toi,

 

Car, aussi bien, je te ferai honneur

Du meilleur gré, quelque lieu où je sois

Pour tout l’amour que j’avais d’une fleur

Naguère. Dieu fasse que je la voie

Après ma mort, au Paradis de joie !

C’est pourquoi, fleur, vivement je te prie

…………………………………………………………………[1]

Ne te plains plus, sans cause est ton émoi.

Puisque je suis tenu d’agir ainsi,

Je n’ai nul tort, ce me semble, envers toi.

 

Envoi

 

Ce que je dis est pure vérité

J’en fais juge l’Amour, le puissant roi.

Très douce fleur, point n’ai à t’implorer,

Je n’ai nul tort, ce me semble, envers toi. »

 


[1] Le vers est manquant dans la copie qui nous est parvenue

 

Ce fut une autre paire de manche que de transcrire cette deuxième ballade. Vu le temps que j'ai mis tout en étant aidé par le transcription déjà faite par Gérard Gros je comprends que celui-ci n'ai pas pu, faute de temps - il avait à traduire l'ensemble des ballades et rondeaux qui compose le recueil de la NRF, rendre la musique propre à la poésie. Moi même je n'y parviens qu'imparfaitement car je n'ai pu respecter l'alternances des rimes masculines et féminines qui existent dans le texte original.

 

Charles 1er d'Orléans est né à Paris le 24 novembre 1394 et mort à Amboise le 5 janvier 1465. Il appartient à la famille royale des Valois, petit-fils de Charles V il épouse en juin 1406, la veuve de Richard II d'Angleterre, sa cousine germaine, Isabelle de Valois, de 5 ans son ainée. Celle-ci meurt en couche trois ans plus tard. Il épousera ensuite deux autres femmes : Bonne d'Armagnac puis Marie de Clèves. Il a quatre enfants de ses différents mariages, trois filles et un fils qui deviendra le roi Louis XII. 

Son alliance avec les Armagnacs en fait un chef de guerre contre les Bourguignons. Son père a été assassiné sur ordre de Jean Sans Peur. C'est un des protagonistes de la guerre de 100 ans. Il est malheureusement fait prisonnier à la bataille d'Azincourt en 1415. Les Anglais demandent une rançon de 200000 écus d'or. La rançon ne sera payée que 25 ans plus tard. 25 ans qu'il passera prisonnier en Angleterre, temps pendant lequel il écrit de nombreuses ballades. C'est à son retour en France qu'il épouse sa dernière femme, Marie de Clèves. Il se retire dans ses châteaux de Blois et de Tours et se consacre à la littérature, il y crée une académie qui accueille tous les beaux esprits du temps. Même Villon y passe  avant de tomber en disgrâce.

Matisse a enluminé ses poèmes, Claude Debussy a mis en musique trois de ses chansons et Michel Houellebecq a mis en exergue de son roman "la carte et le territoire" une citation de lui.

 

 

 

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S
J'aime le rythme qui court dans ces vers tellement bien construits et un peu d'histoire ne peut faire de mal..merci de ta visite si cordiale sur mon blog..
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