Exposition "Mondrian figuratif" (suite)

De 1908 à 1911, Mondrian invente le luminisme, inspiré des écoles symbolistes, divisionnistes et fauves. La priorité est donnée à la couleur et à la lumière. Ce qui fait la beauté d'une toile pour lui, qu'elle soit abstraite ou figurative, c'est sa luminosité, son rayonnement. Le but étant de dévoiler le spirituel dans l'art. Toujours son interprétation théosophique du monde.
Puis il découvre le cubisme à travers des comptes rendus d'expositions dans des revues. Sans avoir vu aucune toiles, cela influence immédiatement son œuvre qui se simplifie et se géométrise.
Ce Moulin Slijper ne l'apprécie pas au début. Elle fait partie de ces œuvres qui proviennent de l'atelier de Paris qu'il a achetées les yeux fermés. Mondrian lui répond que "Pour l'apprécier il faut l'éclairer d'une lumière vive. Je 'abandonne jamais une chose avant de la juger bonne."
Puis il est enfin confronté aux œuvres de Braque et de Picasso, d'abord à Amsterdam puis à Paris. Il abandonne momentanément les couleurs éclatantes pour une palette d'ocre gris.

Malgré les nuances de gris et des couleurs plus ternes, le rayonnement n'en disparait pas.
À comparer à celui montrer plus haut.
Peu à peu, ses toiles deviennent de plus en plus abstraites, s'organisant autour de verticales, d'horizontales et d'obliques, même quand la référence à la nature y est présente. Il n'opposera jamais l'abstraction à la figuration. L'abstraction étant pour lui un super-réalisme. D'ailleurs, il reviendra à des sujets figuratifs à la demande de Slijper.
On distingue dans le bas à droite les lettres KUB, référence à la fois aux fameux bouillons et au cubisme qui se dit Kubism en néerlandais. Cette toile est similaire à une autre toile de Mondrian pour laquelle Slijper avait lancé une souscription pour l'offrir à un musée. Le Rijksmuseum la refuse, elle est enfin acceptée par le musée municipal d'Amsterdam, mais seulement sous forme d'un prêt à long terme.

Il s'agit d'une série réalisée pour Slijper son mécène qui représente le moulin de son village à différents moments de la journée.
Ce tableau est une reprise de l'un des tableaux que je vous ai présenté au début du premier article sur cette exposition.

C'est en 1919 que Mondrian peint ses premières toiles purement abstraites et qui ne prennent plus appui sur le réel. Dans une démarche purement spirituelle il continuent de chercher l'essence même des choses et de la beauté. C'est uniquement par des lignes verticales et horizontales et des aplats de couleurs complémentaires que le rythme et le rayonnement sont produits. Un nouveau vocabulaire pictural que Mondrian nommera "néoplasticisme". Slijper dira de cette toile qu'il a mis des années à comprendre que l'attrait de ce tableau tenait à la volonté inflexible de Mondrian d'atteindre le fondement même de l'existence.
Mondrian aurait, paraît-il, vendu à contrecœur ce tableau à Slijper. Tableau qu'il avait peint dans sa cabane-atelier à Barïcum et qu'il avait emporté à Paris. C'est en tout cas ce qui est affirmé par l'exposition alors qu'on pensait jusqu'ici qu'il l'avait peint pour Slijper. C'est anecdotique, mais cela illustre que les relations entre les deux hommes, le mécène collectionneur et l'artiste, n'étaient pas toujours faciles.
Il y a une chose que Mondrian a peinte et dessinée toute sa vie, ce sont les fleurs. Comme il n'arrivait pas à vendre et à vivre de ses toiles néoplasticistes, il dessinait des fleurs que ses amis proposaient à une clientèle d'amateurs férus de tradition. Il en dessinait tous les jours.
Slijper acquerra trois œuvres néoplasticistes dont celle-ci, mais il préférait nettement les œuvres figuratives. Il demandera en 1930 à Mondrian d'abandonner ses recherches autour de l'abstraction et d'exécuter pour lui une toile à "l'ancienne". Mondrian refusera, affirmant qu'une telle toile lui prendrait beaucoup de temps, mais que justement, il en était désolé, de ne pas en avoir. À partir de ce moment, Slijper n'aurait plus acheté directement de toile à l'artiste, marquant ainsi la fin d'une relation privilégiée.