La ville inconnue

Je marchais dans une ville inconnue,
Monde étranger mais plein de souvenirs
Tantôt le jour, tantôt la nuit venue,
Vers quels désirs et vers quel avenir ?
Je pensais aux frères et aux amis,
Je le sentais, ils étaient dans la ville
Cachés quelque part au profond des plis,
Invisibles aux âmes trop peu subtiles.
Soudain je fus sur une place vide,
Une statue y trônait au milieu,
Éclairée très faiblement par les cieux,
Garibaldi dans sa pose rigide.
Etais-ce donc à Nice que j’avançais
Aveugle à mes désirs et à mes peines ?
Mais alors pourquoi ces statues de grès
Tout autour, immobiles et sereines ?
Et tandis que j’étais poussé vers elles,
Je les vis sous la lune s’animer,
Africains sautant soudain des margelles.
Venus du Kenya exprès pour danser ?
Coiffe de lion et peau de léopard,
Calme et fier je vois le chef qui s’avance.
Tout va si vite pour l’œil en retard
Que c’est après coup, sur le cercle immense
Que devenait la place et ses arcades,
Que je vis un autre groupe arrivé
De quelque sombre et mystérieuse rade.
Pas un bruit, aucun son, le ciel muet.
Quelqu’un se détache du nouveau groupe
En habit gris, c’est un Européen,
Il grossit comme au travers d’une loupe,
Visage familier mais pas prochain.
Il est là devant tous mais c’est pour moi
Seulement qu’il fait toutes ses grimaces
Avant de se retirer de la place
Avec ses compagnons restés cois
Pendant que deux ombres vêtues de noir
Glissent et dansent ; arabesques folles,
Charade à deviner, nouvel espoir ?
Puis tout s’éteint comme fait la luciole.