Scène familiale
Sur une idée qui m'est venue en fin de nuit, voici une petite scénette sur un sujet sérieux.
La mère
Je pleure, je pleure sur mon foyer déchiré,
Je pleure sur les dieux qui nous ont abandonnés,
Je pleure sur les guerres, cette passion futile
Et meurtrière des hommes menant à l’exil.
Toutes ces larmes tombent sur ma famille aimée,
J’espérai en fuyant les combats leur éviter
Les périls et les garder en paix, qu’il puissent vivre
Heureux et sans alarmes, se gardant du monstre ivre.
Las ! Mon époux est reparti, il se sentait lâche
D’abandonner son pays, et de peur qu’il se fâche
Je l’ai laissé partir, ses joues baignées de mes larmes,
L’un des mes fils, l’a rejoint là-bas, prenant les armes
Et mon cœur tous les jours est blessé par les dangers
Qu’ils courent dans les villes et les champs bombardés.
J’attends mes autres enfants, mon ainé et ma fille,
Et je prie pour que jamais l’idée ne les titille
D’aller rejoindre au front leurs père et frère menacés.
Sauf, à m’emmener avec eux le cœur tout glacé.
La fille, arrivant
Maman, je vois que tu te tortures toujours l’âme.
La mère, embrassant sa fille
Oui, ma fille, mes rêves, hélas, sont plein de flammes
Où je les vois brûler…
La fille
Petite et chère maman,
N’attriste pas ton cœur en d’inutiles tourments.
Nous sommes là, nous t’aimons mon frère ainé et moi.
Chacun doit assumer le destin qui lui échoit.
Nous, c’est de te protéger. Eux, de soutenir
Leur patrie. Pense plutôt à tous les souvenirs
Joyeux qu’ils t’ont laissés.
La mère
Ma fille, je ne le puis
Tant la crainte m’accable, hier comme aujourd’hui,
De les perdre tous deux et de ne plus les revoir…
La fille
Tu pèches
Contre Dieu…
La mère
Vrai, je suis à la religion revêche.
Le fils ainé, entrant,
Fin du débat. J’apporte ici de bonne nouvelles,
Concernant papa et mon frère, arrivées sur les ailes
De quelque oiseau de bon augure.
La fille
Vite, dis-nous !
Le fils ainé
Eh bien, sans me faire prier par vous à genoux
Voyez vous-mêmes…
(La mère et la fille lisent la lettre silencieusement )
Mais pourquoi soudain ces visages tout pâles ?
(La mère s’est assise et pleure)
La fille
Papa étant atteint d’une blessure létale
Tu es complètement idiot de nous annoncer
Cela comme une bonne nouvelle. C’est déplacé!
Le fils ainé
C’est que vous concevez le mauvais côté des choses
Quand moi j’en vois le bon. Cela est la seule cause
Que vous le voyez mort quand pour moi il est vivant.
La mère
Ton optimisme nous tuera ! Tu es éprouvant
À nous montrer comment le cœur trop souvent nous manque
Quand ta positivité sert au tien de restanque.
Le fils ainé
Oui, je suis très content de les savoir exfiltrés
Des zones de guerre et dans une sure contrée
Nous aurons comme cela plus souvent des nouvelles.
Sœur, j’ai déjà expédié nos pensées fraternelles
Et filiales. Il nous reste donc, avec maman,
À écrire un courrier médité plus longuement.
La fille
J’admire sans l’envier ton positif dynamisme
C’est toi peut-être qui a le meilleur humanisme.
Le fils ainé
Oui, je ne suis pas fait pour les combats de la guerre,
Mais pour ceux de la vie. Les plus beaux, n’est-ce pas, mère ?
La mère
Viens, que je t’embrasse encor de nous rasséréner,
Toi, de mes fils le moins fou et, docteur passionné.
/image%2F0550914%2F20260501%2Fob_b5b927_rideau-de-theatre.jpg)